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Le blog de l'Andeva

Alstom Transfo St Ouen (93) : 52 anciens de l’usine en appel le 18 janvier 2017 pour la réparation de leur préjudice d’anxiété

2 Février 2017, 08:45am

Le mercredi 18 janvier 2017, les anciens de l'usine Alstom de Saint-Ouen se sont retrouvés devant la cour d’appel de Paris autour d’une banderole et des portraits de 5 anciens salariés décimés par l’amiante.

Même si les 52 plaignants n'ont pas  - pas encore ? - contracté de maladies liées à la fibre toxique, ils veulent faire reconnaitre à sa juste mesure l’inquiétude et l’angoisse qui les habite aujourd’hui, après de nombreuses années passées à manipuler et inhaler de l'amiante dans leur usine.

D’où une inquiétude permanente, celle de déclarer à leur tour une maladie de l’amiante, comme cela a été le cas pour une trentaine de leurs anciens collègues, dont les deux tiers ont déjà été reconnus en maladie professionnelle. Plus inquiétant encore : pas moins de sept de leurs anciens collègues ont perdu la vie suite à des cancers depuis le dépôt de leur requête au 1er semestre 2013 : 4 par cancer broncho-pulmonaire (l’un le mercredi précédent l’audience), 2 par mésothéliome (spécifique de l’exposition à l’amiante), 1 par cancer oro-pharyngé.

Le 28 juillet 2015, déjà, ils avaient obtenu des Prud’hommes de Bobigny la condamnation d’Alstom à leur payer 5 000 € d’indemnisation. Ils ont fait appel de cette somme, parmi les plus basses accordées en France pour ce préjudice dit « d’anxiété ». De son côté, Alstom a fait appel de sa condamnation.

Une histoire au long cours

Depuis 20 ans, aidés par l’ANDEVA, des dizaines et des dizaines de travailleurs d’Alstom Transformateurs de St Ouen se battent sur tous les fronts pour obtenir une réparation de l’empoisonnement auquel les a délibérément soumis la Direction du groupe, jusqu’à la fin du siècle précédent.

En 2000, suite à des désamiantages « sauvages », le directeur avait été condamné pour mise en danger de la vie d’autrui. Dans les années qui ont suivi, l’entreprise a changé 3 fois de nom et d'autres directeurs se sont succédé à la tête de l'usine.

La fermeture de l’usine a été menée par Areva en 2006, sous l’autorité du ministre de l’économie, des finances et de l’industrie de l'époque, un certain Nicolas Sarkozy. Mais le DRH France est resté le même et les positions d’Alstom, fuites et dénégations, n’ont pas bougé d'un pouce, pas plus que les fibres d’amiante qui sont restées emprisonnées dans les poumons de centaines d’anciens travailleurs de l’usine.

Au fil du temps, la liste des malades de l’amiante s’est allongée, tout comme celle des condamnations d’Alstom (10 condamnations pour faute inexcusable de l’employeur), et malheureusement de nouvelles familles ont été endeuillées (13 décès imputables à cette fibre cancérogène). Des sentiments entremêlés d’anxiété, de fuite ou de colère ont envahi la plupart des anciens salariés. A la tête de l’association qui s’est montée suite à la fermeture de l’usine, la détermination des anciens n’a fait que grandir pour faire vivre la mémoire des disparus et poursuivre les combats entamés dans l’intérêt de tous, préretraités, retraités ou encore actifs.

Fin 2011, après 10 ans de bras de fer, le Tribunal Administratif a ordonné le classement de l’établissement sur la liste ouvrant droit à l’Acaata. Des dizaines d’anciens salariés, le plus souvent licenciés à la fermeture, ont pu enfin s’épargner les dernières années d’activité. Et ce classement leur a également ouvert la possibilité de demander réparation au titre du préjudice d’anxiété, occasion saisie par 71 anciens.

Mais entre le dépôt de cette procédure, début 2013, et cette première audience en appel, sept d’entre eux ont perdu la vie suite à leur exposition à l’amiante.

Le boxeur et le bon vivant

Aux portes du palais de justice, deux visages ont émergé, sur des photocopies couleur protégées par des pochettes plastifiées. Celui de Paulin Gestel, qu'on appelait « le boxeur » ou « Johnny » à l'atelier. « Une force de la nature », mort en 1996 d'un cancer broncho-pulmonaire... Et Jean-Michel Oyorchabal, « un bon vivant, toujours prêt à faire la fête », emporté par le même mal il y a quelques jours à peine, le 11 janvier. Deux jeunes retraités fauchés à vingt ans d'intervalle. « Jean-Michel, tout le monde le connaissait, s'émeut un ancien salarié. Moi, je l'ai côtoyé pendant 23 ans. A chaque fois, c'est pareil. On se dit que la prochaine fois, ce sera peut-être notre tour... »

Dans cette usine fermée en 2006, qui fabriquait des appareillages électriques pour les centrales ou les trains, l'amiante était un outil comme les autres : « On allait au magasin, on prenait les rubans d'amiante sur les rayons comme vous prenez un rouleau de scotch », raconte un ancien employé de maintenance. Manuel, ouvrier dans le même atelier que Paulin Gestel, se souvient des toiles d'amiante « qu'on secouait du haut des échafaudages » ; « Ceux qui se trouvaient en dessous respiraient toute la poussière. »

La salle était trop petite pour accueillir convenablement tous ceux qui s'étaient déplacés. La Présidente s’est excusée de l’exiguïté des lieux mais surtout de la frustration ressentie plaignants à l’écoute d’une plaidoirie nécessairement raccourcie eu égard à l’importance des dossiers apportés.

Frédéric Quinquis, l'avocat des salariés, a rappelé les chiffres établis en 2006 par un inspecteur du travail : « en un an, l'usine consommait 20 800 m de rubans d'amiante, 120 m2 de toile et 4 200 m2 de feuilles amiantées...  Quels que soient les postes, ils ont tous été exposés ». L'avocate de Grid Solutions (ex-Alstom), a mis en cause la fiabilité de ce rapport et a tenté de démontrer le caractère tardif des demandes.

La Cour d'appel rendra son jugement le 26 avril. Les plaignants veulent être mieux indemnisés La Cour d'appel accordera-t-elle des indemnités plus généreuses aux plaignants que les prud'hommes de Bobigny ? C'est en tout cas ce qu'espèrent les anciens d'Alstom, qui réclament 15000 € chacun.

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