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Le blog de l'Andeva

Paris, octobre 2012 "Pour un monde sans amiante"

7 Août 2020, 11:04am

 

L’idée est venue de Casale Monferrato. En effet, l’Andeva et certaines de ses associations locales participaient depuis quelques années aux journées internationales des victimes qui se déroulaient traditionnellement au mois d’avril dans cette ville du Piémont durement frappée par l’amiante. En 2012, il fut décidé que cet évènement serait organisé à Paris, mais déplacé en octobre, de façon à le coupler avec la manifestation nationale qui, pour l’occasion, deviendrait internationale.

 

Un comité d’organisation, formé d’élus et de salariés de l’Andeva, se constitue un an à l’avance pour préparer ce colloque. Le délai peut paraître important mais, pour un événement de cette envergure, il est tout juste raisonnable !

Le comité reçoit des subventions du Conseil général d’Île-de-France, de l’Inserm, de la Ligue contre le cancer, de l’Inserm, de la Direction général du travail et de la Mutualité française. Au final, elles couvrent 40% des frais d'organisation.

Pendant un an, le comité se réunit chaque semaine pour faire le point. L’objectif est de réunir des représentants des cinq continents, notamment du Sud-Est Asiatique, d’Inde, du Brésil, de Colombie, et d’ex-Union soviétique, où les problèmes sont encore prégnants.

Le programme du colloque est rapidement fixé : Le matin, l’état de la science avec des médecins et des épidémiologistes, l’après-midi l’état du monde avec des associations de victimes. Ensuite, il faut choisir les thèmes, lister les intervenants et limiter le temps de parole pour permettre au plus grand nombre de s’exprimer. 

Trouver une salle équipée de casques pour la traduction ni de tablettes pour écrire est un véritable parcours du combattant ! A Paris, les prix sont élevés. Grâce à la sénatrice Annie David nous trouvons au Sénat une salle équipée, d’un prix raisonnable, dans un lieu hautement symbolique : le Sénat. Reste à trouver des traducteurs, des hôtels et à s’occuper de la restauration... 

Grâce à l’expérience acquise à Emaüs international, Hélène Boulot qui passé 12 ans à l’Andeva, se charge d’organiser bénévolement la traduction simultanée et de dénicher les interprètes.

Au final, 9 interprètes sont nécessaires pour traduire en 5 langues : Portugais, Anglais, Espagnol, Italien, et Français. La logistique est infernale mais nous n'avons pas le choix.

Trouver des hôtels près du Sénat pour 30 intervenants venus des quatre coins du monde n’est pas simple non plus. Certains changent leur date d’arrivée, d’autres celle de leur départ, d’autres annulent leur venue ; personne n’arrive en même temps ! Mais ça aussi, finit par régler.
La veille du colloque, tous les détails sont en place et nous organisons un dîner d’accueil pour que tous les invités puissent se rencontrer avant le grand jour, même si beaucoup se connaissent déjà. 

L’état de la science en 2012.

Malgré la science, le commerce de l’amiante se développe en se déplaçant vers l’Asie, l’ex-URSS et l’Amérique latine. Ces données économiques sont présentées par Laurie-Kazan (Grande-Bretagne).

Les ravages dus à l’amiante ont été historiquement documentés et scientifiquement analysés et prouvés par des études d’épidémiologie. L’historique de ces découvertes est retracé dans l’exposé de Richard Lemen (Etats-Unis), épidémiologiste de renommée mondiale fait l’historique de ces découvertes.

La dimension sociale de la tragédie de l’amiante peut aussi être l’objet de travaux scientifiques. Elle est particulièrement abordée dans les deux exposés des médecins italiens Enzo Merler et Pier Giacomo Betta.

Guadalupe Aguilar et Hermano Castro prennent ensuite le relai pour nous parler respectivement du Mexique et du Brésil. 

Arnaud Scherpereel (Lille, France) donne un aperçu très remarqué des progrès et tentatives thérapeutiques sur le mésothéliome.

Marie-Claude Jaurand expose ses travaux dans un domaine théorique important dont on attend d’importantes pistes et méthodes : la biologie et particulièrement l’étude des mécanismes de cancérogénèse. Au-delà bien sûr de l’intérêt scientifique de tels travaux, la motivation évidente est que les progrès dans la compréhension de ces mécanismes suscitent des progrès dans la thérapie de ces cancers.

L’Etat du monde en 2012.

Ce thème qui occupe tout l’après-midi est découpé en plusieurs tables rondes. La première évoque l’usage « contrôlé » dans les pays en développement. Elle rassemble Mohit Gupta (Inde), Hermano Castro et Fernanda Giannasi (Brésil), Kathleen Ruff et Fernand Turcotte (Canada), Yeyong Choi (Corée), Guadalupe Aguilar (Mexique), Laurie Kazan (Grande-Bretagne),et Marc Hindry (Andeva, France).

La seconde évoque l’indemnisation et le traitement des victimes. Tina da Cruz (Afrique du Sud), Juan Carlos Paul et José Valdés (Espagne), Tinka de Bruin (Pays bas), Eric Jonckheere (Belgique), Arnaud de Broca (FNATH, France), Marie-José Voisin, François Desriaux et Michel Parigot (Andeva, France) y participent.

La troisième évoque la prévention et les actions internationales. Elle rassemble Bruno Pesce (Italie), Pat Martin, Daniel Green et Anne-Marie Saint-Cerny (Canada), Lisa Singh (Australie), Sugio Furuya (Japon), Laurie Kazan (Grande-Bretagne), Linda Reinstein et Barry Castleman (Etats-Unis), Alain Bobbio (Andeva, France).

La richesse des débats et la diversité des intervenants font de cette journée un succès indéniable. Jamais encore on n’avait réuni dans une même salle autant de représentants de la lutte anti-amiante. Le déroulement de la journée répond pleinement aux attentes des intervenants et des invités, heureux de se rencontrer et d’échanger leurs expériences. Les interprètes eux mêmes confient leur émotion d'avoir pu participer et se déclarent volontaires d'entrée si une telle journée devait se reproduire. 

Plusieurs députés qui ont soutenu l’initiative y ont également participé ; hormis Annie David, marraine de l'événement qui a introduit la journée, citons le président du groupe parlementaire amiante, Christian Hutin, député du Nord, qui est intervenu l’après-midi, et le Directeur du Travail, Jean-Denis Combrexelle depuis 11 ans à la tête de la DGT, qui a prononcé une allocution clôturant la matinée. 

20 drapeaux différents, un même combat

Le lendemain, 13 octobre 2012, tous les invités participent à la traditionnelle manifestation parisienne de l’Andeva. La pluie accompagne un moment le cortège mais finit par se dissiper et c’est sous un soleil retrouvé que tous se retrouvent sur le podium installé place de l’Opéra.

Le moment est magnifique. Pour les milliers de victimes rassemblées, c’est un message d’espoir que viennent porter tous ces militants de tous les horizons, avec drapeaux de leurs pays respectifs, dans une atmosphère de solidarité internationale enthousiaste et émue.

Vient le moment des dernières prises de paroles. Les sourires se mêlent aux larmes. L’émotion est palpable, chacun ressent la gravité de la cause défendue devant tous ces portraits de disparus. Mais il y a en même temps la bonne humeur, la joie d’être si nombreux malgré la pluie et le sentiment d'avoir vécu deux journées historiques. 

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