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Le blog de l'Andeva

Atteint d’un mésothéliome comme quatre membres de sa famille avant lui, Eric Jonckheere, le président de l’Abeva, ouvre un nouveau combat judiciaire.

2 Mai 2022, 09:38am

Eric Jonckheere en 2017 à la sortie du Palais de Justice de Bruxelles.

Éric Jonckheere est le cinquième membre de sa famille à être atteint d’un mésothéliome, le cancer spécifique de l’amiante. Après avoir perdu ses parents ainsi que deux frères, Éric Jonckheere et ses avocats font signifier à la société Eternit une citation à comparaître devant le tribunal de première instance. Ils estiment que la société qui produisait de l’amiante jusqu’en 1998 a commis une "faute intentionnelle".

"J’ai cette pieuvre qui était en moi, et avec qui j’avais établi une relation de bon voisinage depuis des années"


Avec sa famille, Éric Jonckheere vivait une enfance heureuse dans le village de Kapelle-op-den-Bos, juste à côté de l’usine Eternit. Au fil du temps et des fibres d’amiante, il perd père, mère et deux de ses frères : "Papa travaillait chez Eternit. Il est décédé d’un mésothéliome à l’âge de 59 ans. Après, c’est notre maman qui a découvert qu’elle était malade. Maman est décédée en 2000. Puis c’est un premier frère, Pierre-Paul en tant que victime environnementale, qui est décédé en 2003. Un deuxième frère, Stéphane, est également décédé d’un mésothéliome."

Le 4 février 2021, Éric Jonckheere apprend lors de la journée mondiale contre le cancer qu’il est également atteint d’un mésothéliome. 42 ans après avoir quitté son village d’enfance, il ne pensait plus pouvoir être touché par ce cancer qui a terrassé plusieurs membres de sa famille : "J’ai cette pieuvre qui était en moi, et avec qui j’avais établi une relation de bon voisinage depuis des années. J’espérais qu’elle pourrait rester endormie. Malheureusement elle s’est réveillée. Lorsqu’on m’a annoncé que j’ai la maladie, il fallait agir très vite. Je fais partie des 5% des victimes de l’amiante qui sont opérables. Le mésothéliome est un cancer qui attaque la plèvre pulmonaire. Quand l’état du patient le permet, on lui enlève les plèvres pour préserver le poumon. Aujourd’hui, je me sens diminué, abîmé."

" Nous voulons faire bouger la jurisprudence en mettant en avant le principe de la faute intentionnelle "


Comme beaucoup d’autres malades, il est indemnisé par le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante. Si le système permet une indemnisation rapide et sans conditions des victimes du mésothéliome, Éric Jonckheere et ses conseils veulent mettre en évidence ses défauts

 : "Il faut savoir que quand une victime demande l’aide du Fonds amiante, il doit automatiquement accorder l’immunité aux responsables de son dommage. La Belgique est unique en Europe dans ce fait-là. Nous voulons faire bouger la jurisprudence en mettant en avant le principe de la faute intentionnelle. Puisque lors du procès de ma mère Françoise Jonckheere face à Eternit que nous avons gagné, nous avons pu prouver que Eternit (aujourd’hui Etex) connaissait les dangers depuis les années 60. Puisqu’ils ont maintenu la production de l’amiante jusqu’en 1998, nous allons demander à la cour d’être sensible au fait que ce temps où Eternit n’a pas voulu changer son mode de production, peut être considéré comme une faute intentionnelle."

L’objet de la citation lancée par Éric Jonckheere, et ses avocats, est de montrer que dans son cas, s’appuyant notamment sur les attendus de l’arrêt rendu en 2017, l’ensemble des circonstances qui ont mené à son exposition, sa contamination et sa maladie, peuvent être qualifiées de faute intentionnelle, et donc qu’Eternit a commis une telle faute. Si on dénombre officiellement près de 350 victimes du cancer de "l’amiante" par an, l’association Belge des Victimes de l’Amiante affirme que ce chiffre est loin de refléter la réalité.

Repris d’un article de la RTBF par Kamel AZZOUZ

Cliquez sur le lien ci-dessous pour voir le reportage de la RTBF (connexion gratuite nécessaire) :

Un film court de présentation de Eric Jonckheere :

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